sábado, 5 de abril de 2025

"Tardes de soledad", film d'Albert Serra

 Cette semaine, je suis allé au cinéma Ideal, près de la madrilène place Jacinto Benavente, voir le film « Tardes de soledad » du réalisateur Albert Serra. Un homme péruvien — la nationalité de Roca Rey, le torero protagoniste — posté dans le hall m’a demandé si j’allais voir le film de son compatriote et a insisté pour que je télécharge une application qui, selon lui, me permettrait d’obtenir le billet à un prix nettement inférieur aux dix euros affichés au guichet. Réticent à l’idée d’ajouter de nouvelles applications, que je perçois comme des espions troyens ou comme des entraves s’ajoutant à ma condamnation numérique, j’ai renoncé à son conseil, obtenant toutefois une légère réduction grâce à ma soixantaine tout juste entamée.

Je connaissais déjà l’opinion de certains critiques de cinéma comme Carlos Boyero qui, dans l’émission de l’après-midi de Carles Francino sur la Ser, a déclaré l’avoir vue, encouragé par l’impression favorable d’un ami cinéphile dont il juge le critère fiable. Boyero, sans trop d’emphase, a affirmé que le film lui avait paru intéressant, difficile à classer et quelque peu répétitif. J’avais également entendu les propos de Serra lui-même à Cayetana Guillén Cuervo dans « Versión Española » sur TVE, où il affirmait avoir voulu faire une description objective de la tauromachie. Je comprends qu’il ait dit cela pour dire quelque chose, car il sait bien qu’il n’existe pas de description objective possible : le simple choix des contenus ou le placement de la caméra impliquent déjà des visions partielles, biaisées.

À mon avis, le film reflète des aspects pertinents de la tauromachie, mais en omet beaucoup d’autres, trop nombreux. Il adopte la technique du documentaire, sans voix off et avec des images frappantes, d’une qualité exceptionnelle. La succession de gros plans du visage du torero et du corps ensanglanté du taureau, des ravages que causent dans sa majestueuse anatomie les banderilles et la lance du picador, ainsi que de sa terrible agonie, s’enchaîne sans répit jusqu’à l’épuisement. Les commentaires de la cuadrilla se distinguent parfois par leur grossièreté. Nous assistons à plusieurs encornades effrayantes du matador — trois, si je ne me trompe pas — qui, heureusement, n’ont pas de conséquences graves. J’en suis venu à penser que Roca est un téméraire inconscient, ce que les faits — historique des corridas et des accidents — démentent. Cependant, on ne voit pas une seule passe du torero, car la proximité étouffante de la caméra l’empêche. On ne voit pas non plus sa vie en dehors de l’arène — dans la solitude à laquelle renvoie le titre évocateur — et encore moins celle du taureau libre dans les champs — sauf au début, dans quelques scènes nocturnes qui soulignent la dimension mythologique de ce bel animal.

Je considère que le film est un plaidoyer antitaurin efficace qui peut pourtant passer pour le contraire : il a reçu le Prix national de tauromachie !

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